La résilience en art


La résilience en art
La résilience, un concept actuel

 

 

La résilience est un concept à la fois très ancien et très récent. Il a été utilisé pendant l'antiquité dans des écrits stoïciens, de Sénèque, Pline, Cicéron. Dalleurs, le terme résilience provient du verbe latin resilio, ce qui veut dire "sauter en arrière". On l'utilise donc comme "rebondir, résister". Ainsi la résilience se définira aujourd'hui, dans la majorité de cas, comme la faculté de rebondir malgré des chocs, des catastrophes, des épreuves ou des traumatismes.

 

À l'origine, ce terme a été utilisé en métallurgie, et il désigne une qualité des matériaux qui se manifeste par leur capacité à retrouver leur état initial à la suite d'un choc ou d'une pression continue. Un métal soumis a une forte pression qui le fait tordre est capable de retrouver sa forme. Ensuite la résilience s'est étendue sur les capacités des individus et des groupes a continuer à se développer malgré des événements déstabilisants, difficiles ou traumatisants.

 

A part en métallurgie, ce terme est utilisé pour la première fois en 1955 par Emmy Werner à Hawai qui a étudié les enfants en difficulté. Elle a essayé de comprendre quelles ont étés les facteurs qui ont permis a ces enfants à se reconstruire et à mener une vie équilibrée. Les études de psychologie se sont penchées la dessus et un certain nombre des facteurs ont pu être dégagés : La capacité à résoudre des problèmes, des traits individuels de caractère comme la connaissance de soi, l'autonomie, l'estime de soi, la confiance, l'altruisme, la sociabilité et l'habilité à trouver un soutien ou des soutiens.

 

En fait, il s'agit de développer chez les individus ces qualités pour surmonter les traumatismes ou a les préparer à réagir dans des situations de risque. En France c'est surtout  Boris Cyrulnik qui a élaboré la notion de la résilience.

 

C'est dans ce sens que les études sont menées en psychologie, mais le concept de résilience, depuis une dizaine d'années a été appliqué dans de nombreux domaines. Dans l'organisation des entreprises, en écologie, en informatique, en médecine, en éducation. La résilience en art, n'est pratiquement pas abordée et plusieurs questions se posent.

 

Premièrement, y a il une nécessité de la résilience en art ? Pour pouvoir l'affirmer il faut que l'art ait subi des distorsions, des appauvrissements et si le constat est positif il faut qu'il y ait une définition très claire de ce qu'est art. Mais c'est justement ceci qui pose problème car depuis plus d'un siècle on considère qu'une définition de l'art est impossible.

 

Deuxièmement, si oui, quelle forme peut prendre la résilience ? Nous avons vu qu'au départ ce concept se referait à un objet, un métal et qu'ensuite il s'est déplacé vers le vivant et concerne les individus et les groupes. L'art n'appartient ni a l'une ni à l'autre forme. Certes, l'œuvre d'art est un objet, mais elle n'est pas de même ordre que n'importe quel objet. Elle est chargée de sens, de signification, elle se caractérise par son unicité qui la classe plutôt du côté du vivant. Comme le vivant elle est à chaque fois unique. Mais pourtant il ne s'agit pas du vivant. Le statut de l'œuvre d'art est particulier.

 

Troisièmement, quel impact l'art peut il avoir sur d'autres disciplines où la nécessité de la résilience se fait sentir. A cette troisième question la réponse est positive car par son envergure et ses diverses qualités l'art peut faire un grand apport à la construction des mécanismes de résilience en psychologie, dans l'enseignement, dans des organisations des groupes, dans la planification urbaine etc.

 

Les dispositifs à mettre en place pour le renforcement de la résilience entrent dans le cadre pluridisciplinaire. C'est là ou l' art peut avoir sa place, mais à condition de savoir qu'est ce que l'art. Une définition claire est indispensable pour que l'art soit opérant.

 

Mais, si on considère aujourd'hui, et c'est le cas, que tout peut être art, comment cette pratique si indéfinie puisse agir autrement que n'importe quoi d'autre. Quelle pratique d'art peut-on enseigner ? Qu'est ce que cette pratique peut apporter ? Effectivement si on observe l'enseignement de l'art, dans la majorité des cas on donne aux élèves le matériel à utilisé et on les laisse "s'exprimer". Ceci n'apporte absolument rien dans notre cas. Lorsque un élève travaille rivé de soi à soi, et c'est ce qui se passe s'il n'est pas guidé, il n'avancera nulle part. Ce que l'apprentissage de l'art peut lui apporter c'est justement de prendre une distance par rapport à soi et de s'ouvrir au monde. C'est seulement par cette attitude que la résilience peut agir activement. 

 

Nous pouvons affirmer qu'effectivement l'art a subi des distorsions et des déformations qui lui ont fait perdre toute sa particularité. Dans l'art aussi nous avons cru au progrès, nous l'avons cru capable d'une abstraction totale comme si dans le monde tout n'était pas relié, tout n'était pas en relation l'un à l'autre et qu'on puisse sortir de tout cadre sans danger.

 

Pourtant, le progrès dans l'art n'existe pas. Le taureau d'Altamira le confirme. L'art possède un fondement intrinsèque et c'est lui qui a été anéanti et avec lui l'art.

 

La résilience en art s'impose pour pouvoir redonner à l'art sa puissance d'immerger l'homme dans le monde.

Ksenia Milicevic        Suite


Le beau
Lorsque tout devient mouvant il n'y a que le beau qui puisse assurer à l'homme un point de référence et lui garantir  un certain équilibre. 
Bannissant le beau de l'art les artistes ont soumis celui-ci à la violence, vulgarité, laideur, vacuité. Pourtant, pour que l'œuvre d'art conserve sa capacité de nous situer dans un espace hors du temps, à nous abstraire à nous-mêmes et nous inclure dans un tout, éprouvant en nous la dynamique même de la vie, le beau est difficile à écarter. Il est immuable et constant.  
L'homme par le sensible perçoit le beau auquel il adhère par l'intelligible car, il y a  coïncidence entre la structure du beau (structure du monde), et la structure du cerveau humain.
Le beau  est majoritairement perçu comme un simple  goût. Toute valeur objective lui est niée.

Mais le beau ne réside pas dans le sujet, la forme ou la couleur mais est subjacent à l'œuvre . Parce qu'il l'englobe, qu'il émane de sa forme comme totalité et non pas de la joliesse du représenté.

C'est une saisie immédiate. Dans cette immédiateté, apparaît la vision du tout ontologique, le sujet (spectateur) et l'objet (œuvre) ne font qu'un.  Là, il n'y a pas de place pour le simple goût. Notre vécu ne se projette pas.
Le beau est une trame avec des règles mais qui se déploie à l'infinie.
L' art est lié au principe du constant qui relie l'art et l'univers. L'art est à la fois un concept abstrait et une réalité concrète.  Comme concept abstrait il est immuable, comme réalité concrète il se déploie à l'infinie.   
Le beau par le constant, par l'immuable, par la structure parfaite "d'un théorème mathématique", appelle à "l'éternité".   
Le beau qui le plus puissamment relie l'homme au monde  et à "l'éternité" c'est le beau dans l'art. L'art étant l'expression de la conscience de l'existence, le beau est son fondement même.  
Mais, partant du principe qu'un objet d'art  est gratuit et unique on est passé facilement à la constatation qu'il se suffit et il n’est « beau » qu’en et par lui-même. Il sert ainsi de garant à l'individu libre qui se complaît dans le seul fait d'exister, unique et affranchi de toute contrainte, beau du simple fait qu'il est libre. Ainsi on supprime à l'art son caractère d'absolu et tout objet se manifestant par son inutilité peut être considéré comme objet d'art. Mais c'est la sentence même de la mort de l'art.
Le beau par sa proximité du bien autorise le jugement par rapport à la qualité, dans le discernement du "c'est bien" et "ce n'est pas bien". Une œuvre qui ne repose sur aucun fondement est hors de la possibilité d'appréciation d'une quelconque qualité. La qualité de l'œuvre est dans son approximation à ce que l'art est sensé être, c'est à dire, principalement, producteur  de l'émotion esthétique. Toute œuvre d'art est riche en possibilité d'expression, de manifestations, de discours qui en  appellent à nos sentiments mais, le  seul jugement de qualité possible est à travers le beau, c'est à dire la structure interne de l'œuvre. C'est à partir de cette structure qu'elle se distingue du discours ordinaire.
Le jugement de la qualité de l'œuvre est indispensable  car l'art est formateur.

Depuis le postulat que l'art est impossible à définir (Kierkegaard) et  l'identification du beau avec le simple goût subjectif, l'art perd toute sa spécificité et tout le jugement  de la qualité de l'œuvre devient impossible. Le beau est considéré comme obsolète et le jugement sur la qualité de l'œuvre est remplacé par toutes autres considérations comme, la nouveauté, le message, l'action, ... ces attributs pouvant faire partie de l'œuvre mais aucunement lui assurer sa spécificité. Progressivement l'œuvre même finit par disparaître.

L'œuvre d'art reposait sur la structure interne harmonieusement ordonnée, sur la durée en se rattachant au passé, sur le présent par l'ajustement à son époque,  et se prolongeait dans le futur en se fondant sur ce qui en lui est immuable, le beau. Ainsi, l'œuvre acquiert la forme du vivant qui lui assigne sa spécificité et que chaque nouveau regard réactive à l'infini. Dans cette œuvre se rencontrent l'artiste et le spectateur étant ce par quoi l'homme participe et s'inscrit au monde.

 

La durée dans lequel l'œuvre s'inscrit est abolie, les produits artistiques devenant éphémères.  Par la subjectivisation la production n'est centrée que sur l'action de l'artiste, l'intérêt de l'objet d'art ne réside que dans l'intention signifiante du projet de l'artiste. Pourtant, l'art est justement ce qui n'a  aucune intentionnalité. 

Le spectateur est réduit à une participation au jeu, déchiffrement du discours ou à la promenade de distraction. Le spectateur reste extérieur à l'œuvre

 

Ainsi, dans les produits contemporains on assiste à la suppression de l'œuvre d'art ces produits ne reposant sur aucun fondement et ne se distinguant en rien de tout autre objet. L'iconoclasme moderne à triomphé . Etre iconoclaste c'est être contre le monde. Etre contre le monde c'est être contre la raison. C'est être contre l'homme.

Ksenia Milicevic


"L'expérience esthétique, parce qu'elle est une perception comblée et heureuse jusqu'à l'aliénation du sujet dans l'objet, nous invite à concevoir une indifférenciation originaire de l'homme et du monde. En deçà de la corrélation, elle témoigne d'une unité première que l'art s'efforcerait à la fois de ressouder et de dire".

Mikel Dufrenne,  Phénoménologie de l'expérience esthétique, PUF, Paris, 1953.


L'Art est la tendance vers la vie. Dans l'univers, tout oscille entre la "construction" et la "destruction". C'est le rythme du monde. Les sociétés humaines balancent périodiquement à travers l'histoire entre  la guerre et la paix. L'art appelle à la vie. Que le beau soit  l'essence de l'œuvre va de soi. Le beau est harmonie, apaisement, équilibre. C'est lui qui est le fondement tout naturel et objectif de l'indissoluble unité de l'œuvre.


"Il y a un lien profond entre les signes, l'événement, la vie, le vitalisme ! C'est la puissance de la vie non organique, celle qu'il peut y avoir dans une ligne de dessin, d'écriture ou de musique. Ce sont les organismes qui meurent, pas la vie. Il n'y a pas d'œuvre qui n'indique une issue à la vie".

Gilles Deleuze, Pourparlers, Editions de Minuit, 1990, p. 196.